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Rinty Monaghan, 1949

26 mai 2025
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 oct.


Getty Images
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  Il suffit de se munir de gants rembourrés de crin, de chaussures en cuir sans talons ni talonnettes pour pratiquer cet art noble qu’est la boxe anglaise. Ce sport de combat n’autorise les adversaires qu’à échanger des coups de poing portés au visage et au buste, à la différence de la savate française. Ce soir, John Monaghan, connu sous le surnom de « Rinty », dispute son dernier match dans la catégorie poids mouche, soit environ 50 kg. Au King’s Hall de Belfast, les spectateurs sont en ébullition. On les entend hurler le nom de leur boxeur, on les voit se lever à chaque coup de poing, on les écoute pousser des « ah » et des « oh » incrédules, furieux, enthousiastes et encourageants. On est aveuglé par les projecteurs, et on sent les estrades trembler sous les trépignements et les levées intempestives. Les amateurs de boxe sont en admiration devant la performance de Rinty Monaghan. Le boxeur est devenu célèbre après la guerre, en se hissant au rang de champion du monde incontesté. Il devient un héros pour de nombreuses personnes de sa ville natale, Belfast, en Irlande du Nord. La cloche du ring tinte. Rinty se retire un instant.

  Des souvenirs lui traversent l’esprit. C’étaient les beaux jours de Belfast quand il a commencé à cogner, et à devenir un homme. Il fréquentait alors l’école des frères chrétiens de Saint Patrick dans la rue Donegall. À la fin de chaque journée de cours, il se ruait vers le club de boxe et ses sacs de sable. Il s’épuisait contre ce poids mort. Il s’imaginait un adversaire vorace et indomptable. Il croyait frapper contre l’inconnu. Puis vinrent les premiers matchs. Il se battait trois soirs par semaine au King’s Hall de Belfast, toujours prêt à rassembler les foules. Les jeunes l’admiraient, les vieux le respectaient. Rinty Monaghan était un homme instruit qui voulait se construire. Mais aussi détruire tout ce qui venait en face de lui ! La guerre éclata, et il dut quasiment quitter le ring pour servir son pays. Belfast a été lourdement bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale. Rinty Monaghan se souvient. Il ne savait pas où s’abriter pour éviter les bombes. Les sirènes de Belfast hurlaient, le diable s’approchait. C’étaient les premiers raids ! On pensait que la ville était hors de portée des bombardiers allemands. Ces derniers ont tué un millier de personnes et laissé des dizaines de milliers de sans-abris. À l’exception de Londres, il s’agit de la plus grande perte de vies humaines lors d’un raid nocturne pendant le Blitz nazi. Rinty Monaghan pense à toutes ces âmes. Elles ont perdu la vie pour des causes nationalistes. Elles se sont éteintes pour la volonté d’un homme convaincu de sa politique. Adolf Hitler ! Quelques semaines plus tard, début mai, la Luftwaffe allemande revenait bombarder Belfast à deux reprises. Rinty Monaghan ne s’est pas laissé abattre. Engagé dans la marine marchande, il avait fait naufrage en 1941, puis il devint ambulancier dans les rues de Belfast. Son esprit est noble, sa cause est courageuse ! La cloche du ring tinte.

  Rinty repart pour défier son adversaire Terry Allen. C’est le soixante-neuvième combat que Rinty dispute. Cette fois-ci, les pensées lui traversent l’esprit en un éclair, comme des coups de tonnerre qui frappent, comme des lames tranchantes qui descendent du ciel. Et ces pensées, ce sont ces adversaires qu’il a mis KO durant sa carrière. Au total, vingt matchs remportés en mettant KO son adversaire. Et trente et un matchs remportés par décision de l’arbitre. Rinty évite les coups de Terry Allen. Il fait l’araignée sur le ring, en avant puis en arrière. Terry Allen se fatigue de cette attitude désinvolte. Puis, Rinty lâche une droite, puis un revers du gauche, et une autre droite. Aura-t-il droit à une victoire ? La cloche retentit. Le match touche à sa fin, et il est nul. La foule se lève pour applaudir Rinty Monaghan et ses derniers instants de carrière sur le ring. On applaudit tendrement. Une larme coule sur le visage de Rinty. Il ne peut contenir son émotion. Il lève un poing et donne l’accolade à Terry Allen. L’étreinte est forte et symbolique ici à Belfast. Les spectateurs sont émus et les applaudissements vont crescendo. C’est alors que l’organisateur s’empare du microphone pour le laisser parler. Les estrades font silence.

  Rinty Monaghan s’adresse une dernière fois à ses admirateurs ! « Merci. »

Alan Alfredo Geday

 
 
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