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Monsieur Glenn, 1960

9 août 2024
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 oct.


Getty Images

 

  Elizabeth ne doute pas une seconde de la gentillesse de Monsieur Glenn. Cette pigiste pour un quotidien britannique s’est déplacée jusqu’en Écosse pour un reportage sur le tissage écossais, auprès d’un maître en la matière. Et cet homme s’appelle Monsieur Glenn. Très accueillant en tout cas !

  — Non merci, je ne peux pas boire du whisky à cette heure de la journée, répond poliment Elizabeth.

  — C’est dommage ! Ce whisky vient d’une nouvelle distillerie. C’est notre boisson préférée, ici, en Écosse, ajoute-t-il avec fierté. Alors, qu’est-ce qui vous amène jusqu’à Inverness ?

  — Surtout la beauté des paysages. Ce sont ces belles montagnes boisées aux millions de pins sylvestres. La fraîcheur de la forêt m’a beaucoup manqué.

  — Donc, ce n’est pas la première fois que vous venez dans les Highlands ?

  — Non, je viens régulièrement, répond avec courtoisie Elizabeth.

  Monsieur Glenn vit à Inverness. Il adore le tissage « après le Très-Haut » comme il le dit si bien. Sa passion et sa fierté, c’est de tisser des tartans aux couleurs traditionnelles, et de les revendre à l’élite londonienne. En Écosse, le temps est toujours grincheux et maussade, le ciel toujours gris, mais la fierté de la laine reste ancrée dans les esprits des habitants d’Inverness. En effet, l’Écosse possède le plus grand cheptel de moutons du continent. « De quel continent parlez-vous ? » demande Elizabeth. « Ici, on est sur une île, la Grande-Bretagne ! » « Et dans les Highlands, on est sur une dizaine d’îles ! » continue-t-il en maniant sa navette. Monsieur Glenn travaille avec ferveur, sans relâche, pour achever son tartan. Le tartan est un tissu en laine à carreaux de couleurs. Plus précisément, le motif est composé de lignes horizontales et verticales entrecroisées, des lignes qui peuvent être d’une multitude de couleurs. Techniquement, il s’agit de bandes alternées de fils teints dans la masse, aussi bien pour la trame que pour la chaîne. Les blocs de couleur se répètent verticalement et horizontalement pour former un motif de carrés et de lignes que l’on appelle le sett.

  — Chaque clan a son propre sett : le vert et le bleu pour les MacKenzie, le rouge vif pour les MacGregor, le jaune et le noir pour les MacLeod de Lewis, explique Monsieur Glenn. Mais attention, bien que le tartan désigne aujourd’hui le tissu écossais des Highlands, il décrivait à l’origine la manière dont le fil était tissé pour créer l’étoffe ! Est-ce que ça vous aide pour votre article ?

  — Merci beaucoup ! Je suis pigiste au Morning Sun. Et mon supérieur éditorial va certainement apprécier vos explications et votre accueil.

  — Mais enfin, prenez un verre de whisky ! Arrêtez de tourner autour du pot ! s’amuse Monsieur Glenn en déposant sa navette et en s’emparant de son verre.

  Pour Monsieur Glenn, le tissage est un éternel recommencement. Les Londoniens sont esclaves de la mode. Et quand ils ont porté leur tartan tout l’automne et tout l’hiver, ils en rachètent un pour l’année à venir. Il se concentre. Le tissage, après tout, est une affaire d’hommes ! Ses fils sont toujours droits et parallèles, soit dans le sens de la chaîne soit dans le sens de la trame. « Par opposition, le fil d’une étoffe tricotée suit un trajet en méandres, formant des boucles symétriques ou mailles successivement au-dessus et au-dessous du chemin moyen. Ces mailles en méandres peuvent facilement être étirées dans diverses directions », explique-t-il.

  — Est-ce que vous vous considérez comme britannique ? demande Elizabeth.

  — Non, mon cœur restera écossais à jamais !

  — Et vous en êtes fier ?

  — Pour plusieurs raisons ! Pour notre laine, notre whisky et notre poète…

  — Votre poète ? demande avec curiosité Elizabeth.

  — Robert Burns, l’un des plus grands de tous les temps, s’amuse Monsieur Glenn. C’était un homme fort et robuste, aux manières rustiques, pas un bouffon, d’une simplicité pleine de dignité. Vous pourriez parler à votre supérieur éditorial de Robert Burns. Il le connaît sûrement.

  — Vous connaissez l’un de ses poèmes par cœur ? Vous pourriez m’en réciter un ?

  — Je connais ceci, mais je vous invite à le lire plus consciencieusement : « Nous avons tous les deux pataugé dans le ruisseau, du soleil du matin jusqu’au dîner. Mais les mers entre nous ont rugi depuis des jours lointains », récite avec solennité le vieil homme.

  — Très beau !

Alan Alfredo Geday

 
 
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