John Wise, 1996
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Le photographe américain est impatient. Le Taj Mahal est le dernier lieu qu’il souhaite visiter en Inde. Son train s’arrête enfin à la gare d’Agra. C’est une masse de gens qui descend du train qui était prêt à craquer, à se démanteler un peu plus tôt sur le chemin. John Wise n’avait trouvé qu’un billet en deuxième classe. Les Indiens étaient les uns sur les autres. Mais le voilà enfin en taxi. « Vous avez de la chance », lui répète incessamment le chauffeur du tricycle. À peine sorti de la grouillante gare d’Agra, le chauffeur appuie sur le champignon de son trois-roues branlant. Évitant habilement buffles, chameaux et autres attelages hétéroclites faisant des routes indiennes un spectacle permanent, il fonce. Direction le Taj Mahal, il n’y a pas de temps à perdre ! John Wise doit attraper son vol de cette après-midi pour Pittsburgh. Pas question de partir sans avoir photographié le Taj Mahal. Le trois-roues arrive enfin devant le Taj Mahal où une cohorte de touristes pose devant le monument sacré.
— Impossible de prendre une photo ici, soupire John Wise.
— Je peux vous emmener quelque part où vous aurez une meilleure prise, sans les touristes, insiste le chauffeur.
— S’il vous plaît ! répond le photographe. J’ai pas de temps à perdre, j’ai un vol American Airlines pour Pittsburgh dans quelques heures…
L’histoire du Taj Mahal fascine le jeune reporter. C’est un vrai conte de fées. L’empereur moghol Shah Jahan était tout-puissant. Mumtaz, née Arjumand Banu, était issue de la noblesse persane et nièce de la future impératrice Nur Jahan. Mais qu’elle était belle aux yeux du jeune prince ! Le prince, ayant des obligations vis-à-vis de sa famille et de son peuple, se fiança toutefois avec elle en 1607 et lui promit fidélité. Mais la raison d’État passait d’abord. En 1610, son père lui trouva une première épouse, une belle princesse persane, intelligente et de bonne famille. Il obéit à son père et épousa cette demoiselle, mais son cœur resta fidèle à Mumtaz, qu’il fut enfin autorisé à épouser en 1612.
— Que se passe-t-il ? demanda l’empereur Jahangir à la femme de son fils. Pourquoi as-tu l’air si triste ?
— J’aime beaucoup votre fils ! Il est très gentil, et je serai sa femme jusqu’au bout…, répondit la demoiselle.
— Mais que se passe-t-il alors ?
— Shah Jahan est bon avec moi, mais son cœur n’appartient qu’à Mumtaz, se justifia la demoiselle.
Le père de Shah Jahan était contrarié. Que faire de son fils ? En 1617, il décida de lui trouver une autre épouse, encore plus belle, plus riche et plus intelligente. Mais Shah Jahan était fou amoureux de Mumtaz. Il ne remarqua même pas cette extraordinaire beauté. Il écouta et respecta les conseils de son père, mais encore une fois, son cœur resta auprès de Mumtaz. Les années s’écoulaient, et le prince était bien résolu à rester fidèle à son amour. Mumtaz le suivait partout, jusque dans ses campagnes militaires, et quand il monta sur le trône en 1628, elle devint son impératrice. Quelle joie de pouvoir partager sa vie avec celle que l’on aime ! Et les deux amoureux purent vivre leur idylle aux yeux de tous.
Et un beau jour, Mumtaz lui annonça qu’elle était enceinte de leur quatorzième enfant. Shah Jahan était aux anges, il était heureux de la venue au monde de cet enfant. Mais à la naissance de la dernière fille, Mumtaz rendit son dernier souffle. L’empereur fut dévasté par cette disparition. Les deux se promettaient de vivre cet amour pour toujours. Avant de mourir, Mumtaz avait demandé à son époux de faire une nouvelle promesse : ne jamais se remarier et lui construire un mausolée digne de leur amour. L’empereur tenait toujours ses promesses, et il décida de construire un palais majestueux pour accueillir la défunte.
John Wise arrive au bord de la rivière Yamuna. Des Indiens font leurs ablutions et se purifient dans la rivière sacrée. Les enfants remarquent John Wise et son appareil photo. Ils se ruent vers lui, John Wise leur demande de rester à côté de leur mère. John Wise appuie sur le bouton. Il immortalise son amour pour l’Inde avec ce dernier cliché.
Alan Alfredo Geday
