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Mississipi Goddam, 1964


Mississipi Goddam, 1964

Getty Images

Un jour, une fille, sixième d’une famille de huit enfants, Eunice Kathleen Waymon, que l’on connaît plus communément sous le nom de Nina Simone, est née en Caroline du Nord d’une mère méthodiste et d’un père propriétaire d’une entreprise de nettoyage à sec. Laver les habits des blancs était une solution pour survivre dans une Amérique ségréguée où l’on entendait dans les églises méthodistes, des gospels qui prônaient la réconciliation et l’égalité. Le gospel, Nina Simone en était très friande, ces voix divines lui donnaient un avant-goût de paradis. Sa vocation remonte à ses premières messes. Blanchir les vêtements des blancs, c’était une ironie du sort. Très jeune, Nina Simone se heurta à la violence du racisme. Très jeune, elle entendit les clients humilier son père, se plaindre pour ne pas payer, s’emporter pour le plaisir d’écraser un noir. Son père était un homme digne, mais il n’avait pas le pouvoir de répliquer. Elle en avait des haut-le-cœur. Quelle injustice ! Sans parler des voisins qui sortaient le soir avec leur cagoule blanche, ces fameux membres du Ku Klux Klan qui haïssaient les noirs viscéralement. Nina rêvait de se rebeller, de venger les siens, mais sans violence. Car il est bien inutile de répondre à la violence par la violence ; si elle peut être salvatrice parfois, elle n’apporte aucun changement profond. Mais comment ? Il fallait trouver un moyen de se faire entendre. Nina Simone est née dans une Amérique où la femme noire n’avait pas sa place. Femme, d’une part, et noire, de surcroît, que pouvait-elle bien espérer ? Ce n’était pas le meilleur des mondes pour Nina Simone.


À huit ans, le jeune prodige découvrit le piano à l’église. L’employeur de sa mère, qui avait entendu parler du don de la fillette pour la musique, proposa de lui payer ses leçons. La petite était talentueuse, elle avait une oreille incroyable, et elle ne manquait pas d’assiduité. Si jeune, elle impressionnait quiconque l’écoutait, et elle pouvait même faire rêver les blancs. Elle se souviendra toujours de ce concert qu’elle donna à l’âge de dix ans dans une église. Ses parents étaient fiers de leur fille et s’étaient assis au premier rang du récital. Ils étaient venus bien en avance et voyaient avec orgueil les fidèles qui remplissaient peu à peu l’église. Mais alors que le récital allait commencer, les parents de la fillette furent sommés de s’asseoir au fond de l’église, comme les autres noirs. On ne les écouta pas, ni sa mère qui encourageait chaque jour sa fille avec bienveillance, ni son père qui trimait toute la semaine pour lui promettre un avenir. La fillette chercha ses parents des yeux avant de poser ses mains sur le clavier. Elle ne les vit pas. Elle se leva promptement et déclara avec dignité : « Je ne jouerai pas sans papa et maman au premier rang. » On ne voulut pas d’esclandre et on répondit à sa volonté. Ses parents furent d’autant plus fiers, ils avaient décidément une fille remarquable. Son combat pour l’égalité des noirs commença à cet âge. Elle se promit à elle-même de vouer sa vie à la musique et aux droits des Afro-Américains. Deux causes majeures, par amour de l’art et de l’humanité. « S’engager relève de la responsabilité de l’artiste », dira-t-elle bien plus tard aux journalistes, quand elle côtoyait Bob Dylan, Martin Luther King et Malcom X.


Lord have mercy on this land of mine Que Dieu ait pitié de mon pays We all gonna get it in due time Nous aurons tous ce que nous méritons quand le moment sera venu I don’t belong here Ma place n’est pas ici I don’t belong there Ma place n’est pas là-bas I’ve even stopped believing in prayer J’ai même arrêté de croire aux prières.

Alan Alfredo Geday


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